Alors il faut que d'autres gens nous aident. Qu'on nous construise un filet pour qu'on cesse de tomber, qu'on nous lance une corde, qu'on nous encourage à escalader et qu'on nous empêche de regarder en bas quand la remontée devient trop difficile et qu'on se dit qu'on préférait la descente. Ne lachez pas la corde. ne découpez pas le filet. Et même une fois en haut, il faudra toujours se méfier, car le gouffre on en connaît l'emplacement maintenant, et pour un peu qu'on soit contrariée, on irait s'asseoir au bord, ou bien on ressauterait carrément.
Moi, je n'en suis qu'au tout début de l'escalade. J'ai déjà les mains complètement écorchées. Je me dis que je ne vais jamais y arriver. C'est beaucoup plus dur qu'on ne le croit, de remonter comme ça. Sans compter que je ne vois pas le haut du gouffre : c'est vrai, j'aperçois la lumière des fois, mais qui dit que c'est bien là haut ? Et qui dit qu'à peine sortie, je ne vais pas tomber dans un autre gouffre un peu plus loin, plus abrupt et plus profond que celui-là ? Au moins mon gouffre, même si je ne l'aime pas, j'en connais bien les parois, j'y suis même habituée, il me protège comme une carapace !
Les doutes m'assaillent du soir au matin. La corde me tire vers le haut, la voix me réclame en bas, et moi, je ne sais plus ce que je veux.
